Étude FOCUS : ce que les parents craignent des écrans… et ce que révèlent leurs pratiques

Bayard Jeunesse et l’Observatoire Santé PRO BTP publient les premiers résultats de l’étude FOCUS, la première recherche française à explorer, de 0 à 18 ans, l’écart entre les peurs des parents face au numérique et leurs pratiques réelles au quotidien. Au cœur de l’enquête : la technoférence.

Pendant longtemps, le débat sur les écrans s’est concentré sur une seule question : combien de temps mon enfant passe-t-il devant un écran ? L’étude FOCUS déplace le regard. Elle ne mesure pas le temps total d’exposition, mais la place du numérique au sein de la famille : à quel point les écrans s’invitent dans les échanges entre parents et enfants, et influencent leur qualité.

Ce phénomène porte un nom : la technoférence. C’est ce qui se passe quand un parent consulte son téléphone ou regarde la télévision en présence de son enfant, et que sa disponibilité — cognitive comme émotionnelle — s’en trouve réduite. Des gestes anodins, répétés des dizaines de fois par jour, qui appauvrissent sans qu’on s’en rende compte la qualité des moments partagés.

Une étude indépendante, fondée sur les réalités vécues

Conçue après plus d’un an de préparation et diffusée d’octobre 2024 à janvier 2026, cette première vague rassemble 980 parents d’enfants âgés de 2 mois à 17 ans et demi. Elle a été réalisée avec trois équipes de chercheurs universitaires — Marie Danet (Université de Lille, PSITEC), Séverine Erhel (Rennes 2, LP3C) et Corentin Gonthier (Nantes Université / Institut Universitaire de France).

L’étude est indépendante de tout financement issu de l’industrie numérique, et sa méthodologie a été approuvée par le comité d’éthique et d’intégrité scientifique de Nantes Université. Son dispositif est pensé pour suivre les mêmes familles dans le temps : c’est la première fois que la technoférence est examinée de cette façon en France.

Les principaux enseignements

1. La technoférence est maximale là où elle compte le plus. Environ 55 % des parents d’enfants de moins de 5 ans présentent un niveau élevé de technoférence. Or la petite enfance est précisément la période où la qualité des interactions parent-enfant joue le plus grand rôle dans le développement langagier, cognitif et social.

2. Les craintes des parents sont fortes — mais parfois mal orientées. Les inquiétudes les plus vives portent sur l’exposition à des contenus inappropriés (4,18/5), les effets sur le développement (3,92/5), le cyberharcèlement (3,77/5), les troubles du sommeil ou de la vue — des risques globalement bien documentés. À l’inverse, la crainte que les écrans provoquent l’autisme, très relayée dans les médias mais contredite par la science, est de loin la plus faible (1,67/5).

3. Les parents encadrent beaucoup, mais dialoguent trop peu. Près de 9 parents sur 10 exercent un contrôle strict (des contenus, de l’accès, du temps), avec un pic autour de 5 ans. En revanche, la médiation active — discuter avec son enfant de ce qu’il regarde, répondre à ses questions, partager ses usages — reste peu pratiquée, surtout chez les plus jeunes. C’est pourtant cette approche dialoguée, et le co-visionnage chez les tout-petits, qui sont associés aux meilleurs indicateurs de développement et d’autonomie.

4. Les inquiétudes et les pratiques sont largement déconnectées. Contre toute attente, 70 % des parents préoccupés par les effets du numérique déclarent utiliser parfois les écrans pour occuper ou calmer leur enfant (contre 55 % chez les parents non inquiets) — et ce sont aussi eux qui présentent les niveaux de technoférence les plus élevés. Ce paradoxe traduit l’ambivalence de familles tiraillées entre un objet perçu comme un risque et une réponse pratique aux contraintes du quotidien.

Comprendre, pas culpabiliser

« Les parents font de leur mieux dans un quotidien où les contraintes s’accumulent — et ce n’est pas en les culpabilisant qu’on les aide. L’étude FOCUS va nous permettre de mieux comprendre leur réalité pour leur proposer des solutions concrètes et faciles à mettre en œuvre, comme nous l’avons déjà fait avec le programme Croc’Écran. » — Delphine Saulière, Directrice éditoriale 360° du pôle Jeunesse de Bayard

C’est tout le sens de FOCUS : ce décalage entre ce que l’on redoute et ce que l’on fait n’est pas un reproche, c’est un levier d’action. Il désigne une cible accessible — notre propre rapport au téléphone — et des gestes simples pour retrouver du temps de qualité ensemble.

Une démarche qui se poursuit

L’étude prolonge le travail engagé dès octobre 2024 avec Croc’Écran, programme ludique et déculpabilisant destiné à sensibiliser toute la famille à la technoférence. Aux côtés de l’AGEEM, du CLEMI et du réseau Canopé pour les enseignants, de la Fondation EDF et de la Croix-Rouge sur le terrain — et de bien d’autres partenaires demain — nous continuons d’aider chacun à prendre conscience de ses usages : en famille, mais aussi au travail et partout où l’écran s’invite dans la relation.

Parce qu’au fond, ce n’est pas le support qui compte. C’est la qualité de présence qu’il autorise.

Participez à notre enquête sur l'impact des écrans et le développement de l'enfant
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